Brigade Financière

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2013 - mise en scène - création festival d'avignon

De Hugues Leforestier.
Avec Nathalie Mann et Jean-Marie Galey puis Hugues Leforestier.

Note d’intention de mise en scène

Auteur : Hugues Leforestier
Mise en Scène : Anne Bourgeois
Interprétation : Nathalie Mann, Jean-Marie Galey puis Hugues Leforestier

Théâtre du réel, le texte de Hugues Leforestier m’a séduite parce qu’il a les vertus d’un théâtre qui ne ment pas. Reflet tristement scandaleux des affaires qui agitent notre monde politique et financier -et pourtant théâtre tout de même tant le face à face entre la commissaire et le grand-patron est passionnant- , la pièce parvient à la fois à agir sur nous comme le ferait un documentaire, mais aussi comme une comédie extrêmement fine et ciselée. Le public assiste aux désormais célèbres quarante-huit heures de garde à vue supposées faire avouer le prévenu, et le spectacle est manifeste. Les deux protagonistes, entre charme et lames bien affûtées, vont entrer dans un débat de fond d’où ils vont ressortir exsangues : va-t-elle réussir à le faire avouer ? Le dossier gigantesque qu’elle a contre lui va-t-il suffire à le faire craquer ? A ce niveau de solidité psychologique et d’habitude du pouvoir, on devine que l’interrogatoire d’un des grands de ce monde ne sera pas banal. L’homme se défend, argumente, philosophe même. Elle, la justice incarnée à la pureté meurtrie, cherche comment le faire tomber avec des armes à la hauteur du grand professionnel qu’il est. Chercher ce qu’il y a d’humain et de sincère chez ces deux êtres que tout sépare, c’est là le meilleur moyen pour moi de faire entendre les deux voix : celle de l’escroquerie caractérisée, et celle de la justice. Nathalie Mann, Jean-Marie Galey (qui a créé le rôle du grand patron), et maintenant Hugues Leforestier (l’auteur-acteur qui lui succède), tous trois très forts dans les rôles de composition, s’amusent ici à faire tomber les masques, à parler avec la voix de la vérité nue, dans ce qu’elle a de plus idéaliste et de plus inacceptable. Ils enlèvent toute théâtralité pour nous offrir le spectacle de « leur bon droit » respectif, celui de la fameuse livre de chair du Marchand de Venise. Mais la comédie est bien là malgré tout ! Dans les excès, les emportements, les rapprochements, mais surtout dans les dialogues jubilatoires où la star des hommes d’affaires justifie l’utilisation de son argent, fait fi des lois avec un aplomb blessé… Que l’on ait tort ou raison, le théâtre devient par la voix de ce texte et de ses deux interprètes un terrain de vérité sur lequel s’étalent pèle mêle, pour notre plus grand plaisir, les ombres de la honte, du mensonge et de l’espoir.