Cochons d’Inde

2008 - Mise en scène - les Molières

De Sébastien Thiéry.
Avec Patrick Chesnais, Josiane .Stoléru, Sébastien Thiéry, Anna Gaylor.
Tournée Pascal Héritier et Théâtre Hébertot à partir de Janvier 2009.
* Molière du meilleur spectacle comique et Molière du meilleur acteur.

à PROPOS DE « COCHONS D’INDE »

Auteur : Sébastien Thiéry
Mise en Scène : Anne Bourgeois
Interprétation : Patrick Chesnais, Josiane Stoléru, Sébastien Thiéry, Partha Majumber
Décor : Stéfanie Jarre
Accessoires : Nils Zachariasen
Costumes : Cécile Magnan
Musique : Antoine Sahler
Lumière : Gaelle De Malglaive
Assistante à la Mise en Scène : Sonia Sariel

Il existe bel et bien un « théâtre de l’absurde » d’aujourd’hui.
Certes, Sébastien Thiéry est un auteur jeune, à la fois « mode » et moderne, qui a su emprunter à la télévision sa dimension populaire sans oublier de la teinter de danger et de pas mal de provocation. Mais c’est la hauteur de son univers qui relie son écriture aux pionniers de l’Absurde que nous avons tant aimés. Hauteur d’un registre totalement débarrassé de la psychologie du réalisme, mais hauteur d’un monde depuis lequel la vie, l’humanité et l’horreur d’être incompris deviennent une farce immense.
Cochons d’Inde est donc bien une farce, une farce burlesque qui prend pour héros un brave travailleur de l’immobilier, peut-être un peu trop individualiste, peut-être un peu trop à son aise financièrement, peut-être un peu trop revenu de tout, mais certainement pas préparé à vivre ce que sa banque va lui infliger comme épreuve de force…
Monsieur Kraft, qui voulait juste effecteur un retrait d’espèces sur son compte en banque bien fourni, va vivre deux jours et une nuit de cauchemar absolu, aux prises avec des employés de banque gris, gentils et totalement désespérants, qui travaillent sous la coupe d’un directeur Indien aux charmes inattendus.
Dans ses célèbres « caméras cachées », Sébastien Thiéry pousse les gens, des commerçants, à des comportements parfois inavouables, justifiés par le souci de bien faire leur métier. La contradiction, l’angoisse de rater, le souci de sauvegarder leur intégrité sont des facteurs de stress qui montrent les êtres sous un jour à la fois odieux et émouvant. Dans son écriture théâtrale, évidemment plus philosophique mais toute aussi drôle, il crée des situations plus improbables encore, en gardant comme moteur des êtres innocents et obéissants, au service de la bienséance et d’une hiérarchie dont on ne discute pas les choix. Pour le spectateur, c’est une danse jubilatoire qui va de l’impatience à l’horreur du non-sens. L’acteur y est tout-puissant, car c’est précisément de sa personnalité et de son talent que dépend l’envol vers le délire de l’incompréhension. La plus grande tragédie étant de s’apercevoir que tout le monde se comprend très bien dans un monde où, soi-même, l’on n’a plus ni repères ni codes pour nous relier aux autres.
L’auteur aime ses contemporains, néanmoins. Il les trouve probablement touchants dans leurs petits arrangements avec la vie. Il pose sur eux le regard tendre de l’impuissance, il nous rassure avec son anti-morale du « chacun fait comme il peut ». Alors ses personnages deviennent adorables et insupportables, victimes et bourreaux, couards et pleins d’éclat…
Comme dans la vie.