Hélas, petite fable apocalyptique

2009 - mise en scène

De et avec Stéphanie Tesson.
Théâtre Artistic Athévains

à propos de « Hélas petite épopée apocalyptique »

Ecrit et interprété par Stéphanie Tesson
Mise en Scène : Anne Bourgeois
Lumière : François Cabanat
Création des marionnettes : Marguerite Danguy des Déserts
Costumes : Corinne Pagé
Maquillage : Anne Caramagnol

Ma toute première collaboration artistique avec Stéphanie Tesson date de 1997, autour de La Double Inconstance de Marivaux dont elle signait la mise en scène des intermèdes et moi celle de la pièce. A l’époque déjà, nous avions été frappées par le rapprochement de nos deux univers a priori si différents, mais qui se rejoignaient curieusement dans le souci du geste, de l’organique, de la coloration d’un texte dont nous faisions mission commune de rendre toute la jubilation au spectateur. Quelques temps plus tard, Stéphanie me proposait de l’emmener en tant que comédienne dans un texte non théâtral de Musset, Histoire d’un Merle Blanc, une fable extraordinairement moderne sur le sentiment d’exclusion sociale, raciale, quasi psychiatrique. Dans ce qui s’était construit alors sur le principe du “ seule en scène ”, qui prenait d’ailleurs des allures de “ one-woman-show ” littéraire, la comédienne rejoignait l’auteur d’une façon tellement physique que le texte devenait une parole vécue, une parole de chair qui semblait inventée en direct et que le spectateur recevait comme un fabuleux écho de sa propre humanité.

Puis elle m’a donné une lecture à voix haute de sa dernière pièce, Hélas au Pays de l’Eveil. Une trentaine de personnages, une langue ultra soignée dont l’humour ressort grâce à une versification pleine de vie, mais surtout un thème central qui reprend brillamment le flambeau de nos petits combats précédents : celui de la recherche désespérée d’une légitimité de l’ingénuité, de l’errance romantique, du droit au souffle poétique à travers lequel tant d’idéaux peuvent parvenir au spectateur. Parabole humaniste, épopée métaphysico-comique, métaphore presque marionnettique d’une société en manque d’éthique, la pièce m’a bouleversée dans ce qu’elle a de foisonnant, dans le brassage des registres qui clame la liberté et l’amour, dans le parcours désespérant de pureté puis de corruption d’un héros qui nous fait penser à Candide. L’éveil de ce petit naïf qu’elle appelle Hélas et qui, sur le modèle des grands personnages du théâtre classique et contemporain, tient dans ses mains inexpérimentées la destinée d’un monde en danger de surpopulation… Par la voix de la comédienne, son souffle d’auteur, l’histoire de ce jeune Hélas aussi divin que diabolique s’incarnait déjà dans l’évidence d’un solo.

La tentative théâtrale à laquelle nous avons voulu nous confronter, c’est donc d’emmener cette “ épopée ” vers un solo qui ne la prive en rien des débordements qui la caractérisent. Stéphanie Tesson seule face à son univers, cela revient à recréer avec, autour et à travers elle, les personnages déterminants que rencontre l’enfant Hélas dans sa Passion, et qui vont fabriquer autour de lui la toile d’araignée dans laquelle il va se perdre, s’enliser et puis vaincre jusqu’à la métamorphose.

Un aménagement du texte était inévitable pour garder le fil de la compréhension du spectateur, mais aussi un nouveau travail sur l’actrice, dont le corps démultiplié est la base des constructions éphémères de ses personnages. Egalement, sur scène, des partenaires-objets, prothèses et marionnettes dont la présence peuple l’imaginaire du public, en recherchant la dimension unifiée de l’acteur-manipulateur, en poursuivant le fil d’un personnage central cerné d’interlocuteurs. Puis la Lumière, comme toujours élément capital de l’équilibre entre métaphore, poésie et réalité.

Le travail qu’a exigé une telle ré-interprétation de la pièce n’est pas seulement un fantasme de théâtre supplémentaire. Il s’appuie sur la certitude que quelque chose de nécessaire pour le spectateur est logé dans ce texte fort et symbolique. C’est une véritable expérience d’un romantisme d’aujourd’hui que nous aimerions lui communiquer. Un face à face très physique entre le plateau et la salle, une empoignade en rimes et en vers où se niche la modernité du style, l’histoire banale de l’accomplissement du Mal.