Hôtel des deux Mondes

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2017 - Mise en Scène

De Eric-Emmanuel Schmitt.
Avec Davy Sardou, Jean-Paul Farré, Jean-Jacques Moreau, Michèle Garcia, Odile Cohen, Noémie Elbaz, Günther Vanseveren et Roxane Le Texier.
Théâtre Rive Gauche et tournée 2018 Nouvelle Scène.

La bande annonce

Note d’intention de mise en scène « HôTEL DES DEUX MONDES »​

Auteur : Eric-Emmanuel Schmitt
Mise en Scène : Anne Bourgeois
Interprétation : Davy Sardou, Jean-Paul Farré, Jean-Jacques Moreau, Michèle Garcia ou Brigitte Faure, Odile Cohen, Noémie Elbaz ou Florence Coste, Günther Vanseveren et Roxane Le Texier
Décor : Stéfanie Jarre
Lumière : Jacques Rouveyrollis
Musiques et Sons : Jacques Cassard
Costumes : Nathalie Chevalier
Assistante à la Mise en Scène : Betty Lemoine

Hôtel des deux Mondes fait partie des « classiques » du Théâtre contemporain, la pièce étant de ces œuvres qui traversent le temps avec toujours davantage de résonnance.

A la lecture du texte, après le dernier mot, le lecteur doit se sentir réparé, réconcilié avec sa peur de la mort, et surtout, il doit se pardonner ses névroses morbides qui l’empêchent de vivre pleinement sa vie ; il doit trouver un peu d’humour à repasser le film de ses convictions, aussi absurdes et radicales soient-elles. Il doit pouvoir trouver de la gourmandise là où peut-être il ne voyait que l’ennui ou la colère. Ces sensations de lecteur, j’aimerais qu’elles deviennent celles des spectateurs de notre pièce. Nous rêvons tous de cela, nous metteurs en scène : avoir la chance de servir un texte qui fait du bien, qui anticipe sur les fondamentaux de nos questionnements intimes.

Après avoir dirigé Alain Delon et Stéphane Freiss dans la reprise de Variations Enigmatiques, et puis après le sublime voyage de Monsieur Ibrahim et les Fleurs du Coran, dans lequel j’ai eu le bonheur d’emmener Francis Lalanne ainsi que l’auteur lui-même, c’est une grande joie pour moi de retrouver l’écriture passionnante d’Eric-Emmanuel Schmitt. D’abord parce que son univers est toujours une subtile rencontre entre la philosophie et la comédie, et ensuite parce qu’il y a une langue forte, belle, qui sait être tour à tour populaire et lyrique, toucher à la pensée profonde en s’adressant à tous.
Je voudrais réussir le pari de restituer très fidèlement les sensations que le spectateur est supposé éprouver minute après minute, si la pièce est montée dans le respect du tempo et des didascalies proposées par l’auteur.
L’écriture propose d’abord un univers extrêmement concret : la didascalie sublime qui ouvre la pièce décrit un « bruit très étrange, comme celui d’un immense courant d’air, un vent d’une puissance infinie qui donne l’impression d’avoir la force de tout aspirer sur son passage… ». Puis la lumière monte sur ce qui ressemble fortement à un espace conçu pour attendre, celui d’un hall d’hôtel, au milieu duquel trône un ascenseur, personnage principal de la pièce… Et la comédie démarre, présentant allègrement des personnages vifs et attachants qui n’ont rien à voir avec l’idée grave que l’on peut se faire du coma, de la mort organique ou d’un quelconque espace ésotérique. Le rythme est rapide, les situations cocasses et touchantes, et très vite le sens profond de la pièce gagne le spectateur : il faut d’abord regarder vivre ces êtres pittoresques et colorés avant de comprendre de quelle vie il s’agit, et surtout avant de distiller dans le cœur du public la sensation de l’intemporel, celle qui ôte délicatement la peur de la mort, le doux chemin de la pensée vers l’introspection et l’exploration de nos incertitudes.
La comédie et la profondeur seront donc les deux mots qui accompagneront notre travail. Dans le choix des acteurs, j’ai voulu des comédiens qui savent tout jouer, qui savent faire sonner les mots, et dont les voix, les corps, la technicité, jonglent sans cesse avec le jeu de la comédie pure et avec le romantisme, le drame, l’absurde même. A eux huit, les acteurs de cette troupe seront des instruments à la signature très marquée, dont on s’ingéniera à souligner les différences, à la façon des personnages crées par l’auteur.
Que ce soit par l’image ou par le son, le travail sera de trouver cette cohabitation de la comédie joyeuse et de l’abstraction. Evoluer dans un espace visuel et sonore qui sache aussi bien être concret et rassurant que troublant et indéfini. Tous les artistes et techniciens réunis sur ce projet sont conscients et gourmands de cette dualité présente dans le théâtre d’Eric-Emmanuel Schmitt : donner du jeu aux spectateurs, les faire rire avec la vie, et poser sur le plateau les traces de la métaphysique avec infiniment de délicatesse, le texte disant l’essentiel…et bien plus.