La Femme de l’Hôtel Michel-Ange

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2013 - mise en scène

Nom à la création :  ‘La femme du Michel Ange
De Eric Assous.
Avec Véronique Boulanger.
Théâtre des Mathurins, puis petit Théâtre de paris et Festival d’Avignon.
Production Arts Live

Quelques notes de Anne Bourgeois

Auteur : Eric Assous
Mise en Scène : Anne Bourgeois
Interprétation : Véronique Boulanger
Espace Scénique : Sophie Jacob
Lumière : Jean-Luc Chanonat
Costumes : Alexandra Konvinsky

Dès la première lecture, j’ai adoré ce texte. L ’auteur, célèbre et diabolique observateur de ses semblables, a imaginé pour son épouse, Véronique Boulanger, actrice hors-normes aussi drôle que poétique et à la palette de jeu gigantesque, un soliloque aux allures de confession, tellement ancré dans une réalité secrète et feutrée qu’il en devient sociétal. Une femme se parle, nous parle, encore remplie de l’audacieuse histoire qu’elle a osé vivre en cachette. Pendant des mois, elle que rien ne prédestine au secret, cette femme mariée apparemment heureuse et socialement comblée, a porté le poids de sa dissimulation, la responsabilité d’une émotion nouvelle et jusqu’alors inconnue, la tache d’un mensonge doux qui n’aura fait de mal à personne, mais qui l’aura bouleversée, elle, ainsi que sa perception d’elle-même.

En plus de la finesse et de l’humour que l’on admire dans l’écriture d’Eric Assous, il y a dans ce texte un regard infiniment tendre porté sur ces femmes discrètes dont on parle peu, ces épouses parfaites et sans histoire qui ont travaillé délicatement à l’harmonie familiale. Ces femmes intelligentes, timides et vaillantes, qui ont sciemment abandonné leurs rêves au profit d’une ambition plus réaliste, devenir le pilier du foyer, selon le schéma classique du modèle familial. Que se passe t-il si, un jour, cette femme devient un « objet » ? Si un jour cette femme devient quelque chose que l’on veut s’approprier, que l’on veut posséder, quelque chose pour lequel on est même prêt à payer ? Comment va-t-elle soutenir ses émotions, la tempête inimaginable qui s’abat sur elle ? Que va-t-elle masquer, que va-t-elle vivre malgré tout, comment son courage s’accommodera-t-il de sa peur ? Comment fera-t-elle le tri entre le frisson, le désir et l’amour… ? Pour les êtres peu habitués au spectacle d’eux-mêmes, accepter leurs sentiments, c’est comme tomber du haut d’une falaise.

C’est le récit de ce chaos que nous confie le personnage qui s’adresse à nous, revivant les évènements passés avec la même confusion, la même hésitation, le même étonnement et la même audace folle qu’au moment des faits. Elle est urbaine, parisienne, moderne…Mais elle est aussi fragile, innocente, romanesque…Sa parole fuse avec une aisance de circonstance, elle est souvent très drôle, mais à l’intérieur, son cœur bat trop vite et trahit sa vulnérabilité. Minuscule grain de sable dans les grands rouages de l’univers, sa toute petite histoire aura pourtant été gigantesque. C’est l’éloge tranquille du secret, l’histoire d’une transaction troublante, une très belle esquisse en tout cas d’une femme parmi d’autres, un hommage, peut-être, au mystère féminin.