Le Petit Monde de Georges Brassens

1998 / 2002 : Mise en scène et co-écriture pour la Troupe du Phénix

 Dirigée par Guillaume Cramoisan. Tournée France et étranger, puis Bobino et Théâtre des Bouffes Parisiens.

NOTE DE MISE EN SCèNE « LE PETIT MONDE DE GEORGES BRASSENS »

Co-auteurs : Laurent Madiot et Anne Bourgeois
Mise en Scène : Anne Bourgeois
Interprétation : Guillaume Cramoisan, Laurent Paolini, Laurent Madiot, Jean-Luc Muscat, François Berdaux, Domitille Bioret, Brock, Isabelle Hazael, Tom Poisson, Elise Roche, Anne Bourgeois
Direction Musicale et arrangements : Fred Pallem
Accordéon : Alexandre Leauthaud
Contrebasse et Guitares : Fred Pallem
Guitares : Csaba Palotaî, Ludovic Bruni

Mises bout à bout, les vingt-deux chansons qui composent «le Petit Monde de Georges Brassens » sont un gros plan fulgurant sur des morceaux de vies, vécues par des personnages qui nous ressemblent.
C’est le ton, la langue, les détours ou l’audace des textes qui définissent le tempérament des personnages. Ces fameux personnages…qu’il nous faut construire et compliquer, plonger dans des situations qui les relient, opposer et rassembler, et le tout dans un seul but : brosser le portrait possible d’un monde, forcément «petit » puisque rien chez Brassens ne doit prendre trop d’importance, un univers rempli de gens d’aujourd’hui, avec des histoires concrètes de luttes et de différences, mais qui livrent leur combat sur le mode poétique.
Grâce aux mots de Brassens qui ne sont pas ceux de la banlieue mais des faubourgs, à sa philosophie qui n’est pas celle de la dénonciation mais de l’humour, à cette envie de rire qui n’est pas un désespoir déguisé mais une gourmandise tonique, les jeunes personnages de notre prétendument terrible an 2000 affrontent leur petit destin , dans un registre mi-réaliste, mi-clownesque.

La mise en scène de cette micro société doit permettre au public de croire à la fois aux situations et à l’histoire, mais aussi de fuir le rationalisme imposé par la forme du jeu théâtral. Le travail du comédien est construit sur le même schéma : on vit sa vie de personnage, ses émotions, ses échecs, mais soudain la chanson est là, alors tout bascule : le quatrième mur, celui qui sépare l’artiste du spectateur, n’existe plus pour le chanteur, alors qu’il doit rester une convention d’isolement très nette pour l’acteur. Sur le plan technique, c’est à la fois cohérent et absurde de mêler ces deux principes, mais c’est ce qui fera toujours l’étrangeté de ce style tellement charmant qu’est la comédie musicale.
Qu’est-ce qu’une chanson pour le personnage d’une pièce ?
Un moyen de commenter ce qui lui arrive comme si le public entendait démesurément ce qui parle à l’intérieur de lui ? Une plaisanterie de collégiens bruyants qui transforment en fête musicale ce qui pourrait n’être qu’un dialogue nuancé sur le sens de la vie ? La promesse d’une dédramatisation salvatrice puisqu’on a la distance suffisante pour faire chanter, rimer harmoniser ses mots ? Parce que de toute évidence, la chanson devient une fonction…
J’aime à croire que dire «je t’aime » ou «je suis seul » dans ce type de spectacle, n’a rien de banal pour une fois, parce qu’un personnage qui va se mettre à chanter Brassens possède un crédit dramaturgique formidable.
C’est aussi la raison pour laquelle nous avons cru possible de poser partout les bagages des personnages. Comme si le genre de la comédie musicale renforçait l’image de l’éphémère. C’est court, une chanson ; et à fortiori, toute une vie de chansons…Venir vivre son histoire en direct, avec ses valises, changer d’acte et d’âge à la fois, s’engouffrer dans des ellipses de temps jamais définies, c’est rejoindre un peu les textes de Brassens quand il nous montre ce qu’on fut, ce qu’on est, ce qu’on est devenu.
Et comme dans ses chansons, le dernier acte, au sens de l’Acte Final, doit être vécu en direct, au présent : qu’importe qu’on s’aperçoive qu’on n’est doué pour le bonheur qu’une fois mort, qu’importe qu’un macchabée qui ressemble au majordome de notre grand-père nous entraîne vers nos funérailles ! C’est au moins une occasion de plus pour chanter, ironiser, espérer, et c’est surtout un voyage que l’on fait dans la joie, la même que celle que nous prêtions, vivants, à ces carnavals dont on ne voyait jamais la tête du cortège.