Les Lois de la Gravité

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2015 - mise en scène

De Jean Teulé.
Avec Florence Loiret-Caille, Dominique Pinon et Pierre Forest.
Théâtre Hébertot

Quelques notes de Anne Bourgeois

Auteur : Jean Teulé
Mise en Scène : Anne Bourgeois
Interprétation : Dominique Pinon, Florence Loiret-Caille, Pierre Forest
Décor : Nicolas Sire
Lumière : Laurent Béal
Costumes : Brigitte Faure-Perdigou
Musique et sons : Jacques Cassard
Assistante à la Mise en Scène : Betty Lemoine

Ce qui frappe dans l’écriture de Jean Teulé, c’est d’abord l’humanité cocasse et bouleversante de ses personnages fracassés. Leur façon de s’exprimer, leurs univers, leur bonté presque naturelle malgré des existences confrontées à la laideur et au mal, leurs efforts si pudiques pour fuir leurs émotions, leurs consciences nobles de se savoir si étriqués dans des vies sans ambitions, mais aussi leurs espoirs soudains que quelque chose de plus grand qu’eux vienne les sauver…bref, on tombe amoureux de ces petites vies aux cœurs purs et abîmés.
Le choix des acteurs va évidemment dans ce sens : Dominique Pinon, dont chaque respiration raconte mille existences et mille déceptions, dont l’œil nous scanne et nous remue l’âme tant on y voit d’espérances, dont la voix et le grain si particuliers charrient aussi bien du Claudel, du Audiard ou du Musset dans ce qu’il aurait de plus exalté… Il incarne idéalement ce policier terrifié par la violence des banlieues mais capable d’avaler des cocktails de dynamite et de flirter délibérément avec la mort.
Florence Loiret-Caille apporte l’innocence parfaite de la coupable que chaque spectateur veut sauver. Elle a cette candeur décalée nécessaire pour jouer un personnage qui a tellement souffert, mais qui reste rempli d’amour pour le genre humain, sans avoir la moindre conscience ni de sa bonté, ni de sa gentillesse.
L’actrice porte en elle un univers très fort de personnage populaire et naïf. Elle peut passer de façon très évidente du réalisme à la poésie, en gardant cette vibration particulière, presque un tremblement, qui racontent son émotion.
Pierre Forest, avec son inquiétude tendre et légère, son énergie aérienne échappée d’un corps de travailleur de la terre, campe un second policier déjà parti vers la retraite, vers un monde doux où il rejoindra des êtres eux aussi dévastés par leur existence. Personnage secondaire adorable d’absurdité et de compréhension, il est l’anti-flic par excellence, l’ange-gardien du commissariat, un peu maladroit, trop fragile pour ce métier, un rêveur délicat.

La bonté, qu’elle soit cachée, inconsciente ou assumée, règne sur ce polar très noir et un peu rose qui finit bien, comme un hymne aux braves gens qui souffrent et qui luttent sans faire de bruit, juste pour tenir debout.