Les Noeuds au Mouchoir

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2016 - mise en scène

De Denis Cherer.
Avec Anémone, Denis et Pierre-Jean Cherer.
Tournée et production Les Lucioles.
Reprise en 2017 au Théâtre du Palais des Glaces par Temps Libre Production, Christian Amiable

Article de Yves Poey, « De la Cour au Jardin »

Auteur : Denis Cherer
Mise en Scène : Anne Bourgeois
Interprétation : Anémone, Pierre-Jean et Denis Cherer
Décor : Olivier Prost
Lumière : François Tual
Musique : Denis Cherer
Assistante à la Mise en Scène : Alison Demay

Une nouvelle fois, la question se pose. Une question essentielle.

Peut-on rire de tout ?
A question essentielle, réponse délicate…

Oui, on peut rire de tout, à deux conditions : avoir un vrai talent, et être vraiment drôle.

Ici, dans cette pièce de Denis Chérer, nous allons rire de la maladie d’Alzheimer.
L’auteur-comédien et son frère Pierre-Jean, lui aussi sur scène, parlent d’un fléau qu’ils ont bien connu, puisque c’est l’histoire de leur maman.

Disons-le sans attendre et tout de go, la force de ce spectacle, c’est Anémone, qui incarne cette dame âgée plus ou moins indigne malgré elle.

La comédienne est tout simplement extraordinaire.
J’ai vu un clown sur scène. Au sens noble du mot, le seul sens qui convienne.
Un clown pince-sans-rire, n’en faisant que très peu. Paradoxal, mais on ne peut plus vrai.
Sa façon de bouger, sa gestuelle, ses déplacements, tout est à l’économie de moyens.

Mais voilà, tout fait mouche et à tout coup !
J’ai été sidéré : au premier mot, « Allô !», de cette voix reconnaissable entre mille, au premier mot, des rires fusent.
D’un mot, d’un seul, Anémone est capable de provoquer l’hilarité.
« Allô ! » Essayez, vous, pour voir !
Quel savoir-faire, quel métier !

Sa façon de dire les mots, sa façon de placer les effets, sa manière de terminer une réplique, sa manière de jouer avec sa voix, tout ceci est impressionnant, je le dis comme je le pense.

De plus, dans les moments tendus, émouvants, elle n’est jamais dans le pathos. Et pourtant, dans une autre bouche, ces mots pourraient être catastrophiques !

Un signe qui ne trompe pas : dans une comédie, j’ai rarement entendu un tel contraste entre les moments de rire du public, et la chape d’un vrai silence de cette qualité pendant et à la fin de certaines de ses tirades.
Quel savoir-faire, vous dis-je !

Un autre savoir-faire efficace au possible, c’est bien entendu celui de la metteure en scène Anne Bourgeois.
J’adore sa capacité à faire évoluer les corps. C’est pratiquement à chaque fois une chorégraphie plus qu’une mise en scène.
Est-ce un hasard si Melle Bourgeois a déjà dirigé des petits jeunes comme Delon, Galabru, la famille Sardou, Chazel, Lamotte, Gamblin, Rufus, Farré, j’en passe et non des moindres ?
Ici encore, son travail relève d’un réel équilibre, d’une vraie vision de l’espace, des situations, des déplacements.

La direction d’acteurs est on ne peut plus précise, tout ceci sans grands effets, avec un dosage très subtil.
Je l’écris souvent, pour moi, une grande mise en scène est une mise en scène qui ne se voit pas.
C’est vraiment la marque de fabrique d’Anne Bourgeois.

Les deux frangins à la ville comme à la scène, dans leur rôle de frères plus ou moins ennemis, l’un voulant placer maman l’autre préférant la garder à domicile, les deux donnent la réplique à Anémone de la meilleure des façons.
Pour le dénouement, vous savez évidemment ce qu’il vous reste à faire.

On l’aura compris, ce quatuor procure bien du plaisir.
Du plaisir et aussi matière à une vraie réflexion.
En sortant du Palais des glaces, après avoir repris mes esprits, je ne pouvais m’empêcher de penser à ma manière de réagir si une telle catastrophe frappait ma famille.
Le théâtre ça sert aussi à ça.

A la sortie, après avoir enregistré avec ces quatre-là une interview webradio, je suis sorti dans la rue avec les deux demoiselles, les deux Anne.
Des spectateurs attendaient Anémone pour des selfies et des autographes.
Ca vous étonne ?