2020

En Tournée à partir de janvier 2020

Production Nouvelle Scène – Jean Martinez

Quelques notes de Anne Bourgeois

Auteur : Sacha Guitry
Mise en scène : Anne Bourgeois
Interprétation : Patrick Préjean, Agnès Soral, Julie Arnold, Marianne Giraud, Julien Bonnet
Scénographie et costumes: Nicolas Delas
Lumière : Gael Gaurin
Musiques et sons : Michel Winogradoff

Le théâtre
bien plus intéressant que la vie…

« Pourquoi ta pièce s’appelle t-elle Toâ » ? demande la sulfureuse Ecatérina à son amant le grand écrivain, qu’elle vient de quitter par jalousie. « Parce que Toâ est le nom d’un petit village situé à cinquante-trois kilomètres de Nagasaki au Japon, et c’est là que nous nous retrouvons au dernier acte de ma pièce ».

Quel délicieux mensonge, quelle désopilante comédie sur le théâtre signée Sacha Guitry :
non, Toâ n’est pas un village Japonais, mais peut-être un clin d’oeil plein d’auto-dérision que Guitry, en choisissant ce titre, fait à ses détracteurs, ceux qui le surnommaient « Monsieur Moâ » parce qu’ils lui reprochaient son narcissisme assumé, à lui qui aimait articuler avec grandiloquence.

C’est donc encore une bien brillante pièce sur lui-même et sur le théâtre que nous offre Guitry. Et sur l’amour aussi. Une pièce écrite en 1949, dans la dernière partie de sa vie, revenu des tourments liés aux acusations portées sur sa position pendant l’occupation, revenu des quolibets et des critiques, revenu aussi des blessures du cœur. Une pièce où l’auteur, adulé, se moque de lui-même, s’amuse à donner les clés de son écriture et rend hommage à son art : le théâtre. Le théâtre, qui se présente ici en héros :
d’abord trouble-fête, malin, taquin, ingérable, puis finalement grand réconciliateur. Le personnage principal de la pièce est Michel Desnoyers, célébrissime auteur qui ne sait écrire de bonnes comédies qu’à partir des drames de la réalité:
l’utilisation qu’il fait à la scène de leur vie privée révolte sa compagne Ecaterina qui accuse Michel de la tromper, qui accuse le théâtre d’être un voleur, un menteur et un affabulateur. Mais Michel-Sacha, qui finalement n’est pas infidèle, lui prouvera que c’est pourtant bien le théâtre qui peut inventer le dernier acte de leur vie, celui de leurs retrouvailles…

La pièce est construite comme une énorme surprise pour le spectateur, qui traverse les quatre actes dans la jubilation de l’inattendu, avec un second tableau proche du burlesque. Deux intrigues minutieusement diaboliques se mêlent, l’une servant l’autre, la langue est excessive, toujours magnifique : tout fait mouche. Il faut de grands acteurs, d’une sincérité et d’une singularité absolues pour que parviennent au public cette finesse des situations, ce calque qui fait que le réel et la fiction se confondent, cette supériorité finale du faux sur le vrai, cette aptitude du théâtre à sublimer la vie.


Anne Bourgeois