Histoire d’un merle blanc

2000 - création à paris

Avec Stéphanie Tesson.
Toujours en tournée depuis sa création.

NOTE D’INTENTION DE MISE EN SCèNE « HISTOIRE D’UN MERLE BLANC »

Auteur : Alfred De Musset
Mise en Scène : Anne Bourgeois
Interprétation : Stéphanie Tesson
Lumière : Philippe Mathieu

Enfant ou oisillon, homme-pigeon ou clochard volant, le merle blanc est le symbole de la différence qui s’exile.
Une longue errance (toute une vie) passée sur les chemins à chercher en vain quelqu’un qui vous ressemble, parce qu’on ne peut jouir d’être unique et rare dans un monde où même les volatiles se doivent d’appartenir à une race connue.

Pour la mise en scène de cette fable du romantique Alfred de Musset, j’ai voulu que la comédienne, la merveilleuse Stéphanie Tesson, rassemble et porte en elle seule les stigmates de la solitude. Le conte transformé en monologue est adapté pour que s’incarnent en direct les personnages que croise le merle blanc tout au long de son périple. Comme hanté par leur présence, l’oiseau héroïque leur prête sa voix et son corps tandis qu’il se remémore ses rencontres.

Pas de partenaire donc, pas de décor ni d’accessoires, puisque les souvenirs du merle jaillissent seulement de sa blessure pour le plonger dans la sensation toujours brûlante d’un passé revécu.
L’isolement de la comédienne favorise l’écoute du texte et concentre les regards du spectateur autant qu’il les perd : il n’y a que le merle à regarder et les désillusions qui pleuvent sur son corps en marche, imprimant à l’image un caractère absurde et dérisoire.

J’ai demandé à l’actrice une déambulation géographique adaptée au lieu qui accueille le spectacle : chaque mur est un espace pour mieux se cogner, chaque hauteur est un promontoire, arbre inaccessible prometteur du bonheur à atteindre, chaque mètre carré de sol devient son besogneux chemin de pèlerinage contre lequel il fait bon parfois, tout simplement s’étendre, pour mieux jouir des visiteurs.

L’humour du texte de Musset et le cocasse des situations sont accentués par un jeu organique et démesuré que l’actrice utilise pour incarner pigeon, pie, cacatoès et autres oiseaux de passage, heureux, vivants et en mouvement.
Par contraste, l’émotion candide du merle blanc résulte d’un jeu plus intérieur et plus immobile, assorti de furieuses courses dans le vide.

Quasi nudité du plateau, lumière compacte et dense favorisant la plongée dans le souvenir, costume blanc donnant de l’Homme à l’Oiseau et inversement, tout est construit dans l’idée de transformer la narration en dialogue, le souvenir en sensation vécue, la parabole en témoignage.